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Épistémoquoi ? Science et poésie sont également savoir (appel à communications)


 
 
Epistémoquoi ? 
Science et poésie sont également savoir.
 
 
English version below.
 
 
La bipartition traditionnelle plaçant d’un côté les lettres avec le pathos et l’affect et de l’autre la science avec le logos et la connaissance s’est vue remise en question par des penseurs tels que Foucault, Barthes ou Kuhn dans les années 1960. Et la question du savoir fit pont entre ces deux pôles, unissant leurs deux imaginaires grâce à une même problématique. Giles Deleuze, à propos du travail de Foucault, déclarait ainsi que :
 
L’essentiel n’est pas d’avoir surmonté une dualité science-poésie qui grevait encore l’œuvre de Bachelard. Ce n’est pas non plus d’avoir trouvé un moyen de traiter scientifiquement des textes littéraires. C’est d’avoir découvert et arpenté cette terre inconnue où une forme littéraire, une proposition scientifique, une phrase quotidienne, un non-sens schizophrénique, etc., sont également des énoncés pourtant sans commune mesure, sans aucune réduction ni équivalence discursive […]. Science et poésie sont également savoir.
 
Cette « terre inconnue » est alors propice à une archéologie du savoir, puisque le savoir y est compris comme un « système de positivité », un « régime énonciatif », considéré comme vrai seulement dans un contexte donné. Et la conception foucaldienne abolit une hiérarchie des discours où la création littéraire est séparée et dominée par la méthode scientifique dans la définition du savoir.

Si l’histoire du savoir est une affaire de discours, quel statut donner à la littérature ? Une chose est d’abolir le hiatus fondamental entre science et littérature, de reconnaître leur porosité, de souligner leur inter-discursivité et d’appréhender leur trajectoire co-évolutive, une autre est de comprendre quel particularisme préserve la littérarité face à la scientificité. L’historiographie a d’ores et déjà permis de relativiser le caractère intemporel que s’arrogeait la science, toutefois l’impact épistémologique de la littérature est fondamentalement autre. Barthes prétendait que l’expérience du langage que permet la littérature ouvre la voie à un savoir forcément « multiple, étoilé » (Barthes.Oeuvres complètes, III, 1968-1971. Paris : Seuil. 2002. p. 629) puisqu’elle :
 
[...] fait tourner les savoirs, elle n’en fixe, elle n’en fétichise aucun ; elle leur donne une place indirecte, et cet indirect est précieux. [...] Parce qu’elle met en scène le langage, au lieu, simplement, de l’utiliser, elle engrène le savoir dans le rouage de la réflexivité infinie : à travers l’écriture, le savoir réfléchit sans cesse sur le savoir, selon un discours qui n’est plus épistémologique, mais dramatique. (Barthes. Leçon. Paris. Seuil : 1978. p. 18)
 
Michel Pierssens, pionnier de l’épistémocritique (Pierssens, Savoirs à l'oeuvre ; Pierssens, M., "Savoirs et littérature", dans C. Duchet et S. Vachon (dir.), La recherche littéraire. Objets et méthodes, 1993, pp. 427-431. Voir également la revue électronique épistémocritique.orgcréée par M. Pierssens), va encore plus loin et confère à la littérature une portée critique qu’il justifie par son ambivalence : elle est à la fois « œuvre de connaissance et entreprise de déconstruction, machine à faire croire et scepticisme dévastateur. » Il précise ainsi que « la démarche épistémocritique veut être attentive à ces deux réalités : les savoirs y sont une référence, mais une référence toujours contestée » (Pierssens, "Savoirs et littérature" p. 428).

Il s’agira donc de problématiser le rapport de la littérature à ce qu’on pourrait qualifier de « connaissance » ou de « vérité », en questionnant le statut heuristique propre à la fiction. Par le biais d’un ancrage toujours historiquement situé dans un contexte culturel, les participants mettront en lumière des cas de rupture épistémologique – à travers l’étude d’un auteur, d’une pensée ou d’un texte par rapport au discours d’autorité qu’il reflète. Les participants choisiront ainsi un sujet compris entre la fin du XVIIIème siècle et le début du XXème siècle.  Grâce aux transformations de signification que permet le processus de représentation, les communications se focaliserons sur la brèche qui sépare et associe l’image du fantasme à la connaissance du réel. Il s’agira d’adopter un regard transdisciplinaire, et de produire des réflexions susceptibles de mettre en résonance un contre-discours, c’est-à-dire des traces négatives que l’œuvre poétique esquisse par rapport à un discours donné. De manière non-exhaustive, les communications pourront s’axer autour de thématiques telles que :

- Les idéologies médicales.

- La mise en récit des discours politiques.

- L’ambition encyclopédique.

- Le développement des sciences humaines.

- Le réinvestissement littéraire des dispositifs techniques.

 
Les propositions de communication sont à envoyer avant le 20 avril 2018 à sihem.gounni@mod-langs.ox.ac.uk. Elles comporteront un titre et un résumé d’environ 300 mots (+/- 10%). Elles seront accompagnées d’un CV et, si possible, d’une bio-bibliographie. La journée d’étude aura lieu à la Maison Française d’Oxford, le mercredi 20 juin 2018. 
 
Responsable : Sihem Gounni (Paris 3 – Sorbonne Nouvelle).
Co-responsable : Dr Larry Duffy (University of Kent). 
 
 
 
 
 
Epistémoquoi ? 
Science and poetics as knowledge.
 
 
 
The traditional dichotomy situating on the one hand the literary with pathos and affect, and on the other science with logos and knowledge found itself called into question by thinkers such as Foucault, Barthes and Kuhn in the 1960s. And the question of knowledge linked these two poles as a result of a similar problematics. Gilles Deleuze, referring to Foucault’s work, thus declared that: 
 
L’essentiel n’est pas d’avoir surmonté une dualité science-poésie qui grevait encore l’œuvre de Bachelard. Ce n’est pas non plus d’avoir trouvé un moyen de traiter scientifiquement des textes littéraires. C’est d’avoir découvert et arpenté cette terre inconnue où une forme littéraire, une proposition scientifique, une phrase quotidienne, un non-sens schizophrénique, etc., sont également des énoncés pourtant sans commune mesure, sans aucune réduction ni équivalence discursive […]. Science et poésie sont également savoir.
 
This ‘terre inconnue’ is then open to an archaeology of knowledge, since knowledge is understood within it as a ‘système de positivité’, a ‘régime énonciatif’, considered as true only in a given context. And the Foucauldian conception abolishes a hierarchy of discourses in which literary creation is separated and dominated by the scientific method in the definition of knowledge.

If the history of knowledge is a matter of discourse, what status is to be given to literature? It is one thing to abolish the fundamental hiatus between science and literature, to recognise their porosity, to underline their interdiscursivity and to apprehend their coevolving trajectories, and another to understand what specificity preserves the literary in the face of the scientific. Historiography has always allowed for relativsation of the intemporal character with which science has invested itself; however, the epistemological impact of literature has been fundamentally other. Barthes claimed that the experience of language facilitared by literature paves the way to a knowledge that is emphatically ‘multiple, étoilé’ (Barthes. Oeuvres complètes, III, 1968-1971. Paris : Seuil. 2002. p. 629)on account of the fact that it:
 
[...] fait tourner les savoirs, elle n’en fixe, elle n’en fétichise aucun ; elle leur donne une place indirecte, et cet indirect est précieux. [...] Parce qu’elle met en scène le langage, au lieu, simplement, de l’utiliser, elle engrène le savoir dans le rouage de la réflexivité infinie : à travers l’écriture, le savoir réfléchit sans cesse sur le savoir, selon un discours qui n’est plus épistémologique, mais dramatique. (Barthes. Leçon. Paris. Seuil : 1978. p. 18.)
 
Michel Pierssens, pioneer of épistémocritique(Pierssens, Savoirs à l'oeuvre ; Pierssens, M., "Savoirs et littérature", dans C. Duchet et S. Vachon (dir.), La recherche littéraire. Objets et méthodes, 1993, pp. 427-431. Voir également la revue électronique épistémocritique.org créée par M. Pierssens.), goes even further in conferring on literature a critical reach that he justifies by its very ambivalence: it is at one and the same time ‘œuvre de connaissance et entreprise de déconstruction, machine à faire croire et scepticisme dévastateur’. Pierssens thus argues precisely that ‘la démarche épistémocritique veut être attentive à ces deux réalités : les savoirs y sont une référence, mais une référence toujours contestée’ (Pierssens, "Savoirs et littérature" p. 428).

It is thus a matter of problematising the relationship of literature to what might be characterised as ‘knowledge’ or ‘truth’, by questioning the heuristic status proper to fiction. By means of a grounding still situated historically within a cultural context, participants will throw light upon cases of epistemological rupture, through study of an author, an idea or school of thought, or a text in relation to a discourse of authority which it reflects. Participants will thus choose a subject historically situated between the end of the eighteenth century and the beginning of the twentieth. Owing to the transformations in meaning permitted by the process of representation, papers will focus on the breach which separates and yet associates the image of the fictional with knowledge of the real. This will entail adoption of a transdisciplinary perspective, and production of reflections likely to bring to light a counter-discourse, that is one resonating with negative traces sketched out by the literary work in relation to a given discourse. Without being exhaustive, papers might address themes such as:

- Medical ideologies;

- Narrativisation of political discourses;

- The encyclopaedic urge;

- The development of the human sciences;

- The literary reinvestment of technical procedures.

 
Proposals should be sent by 20 April 2018 to sihem.gounni@mod-langs.ox.ac.uk. They should include a title and an abstract of approximately 300 words (+/- 10%). They should be accompanied by a brief CV and if possible, a bio-bibliographical summary. The journée d’étude will take place at the Maison Française d’Oxford, Wednesday 20 June 2018.
 
Convenor: Sihem Gounni (Paris 3 - Sorbonne Nouvelle) 
Co-convenor: Dr Larry Duffy (University of Kent).