Centre de Recherche sur les Poétiques du XIXe siècle

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Doctorat

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  • Titre de la Thèse: "Ce sont des adversaires politiques que je me plais à injurier" : contours d'une misandrie littéraire à la Belle Époque

Lalie Gabriac

Sous la direction d'Éléonore Reverzy

Des esthètes décadents de Huysmans à l’homme-objet chez Colette, en passant par l’amant poupée de cire de Rachilde, la littérature fin-de-siècle regorge de figures masculines dont la représentation est volontiers dégradée. Partant du constat d’une mise en crise de la représentation de la masculinité au tournant 1900, nous interrogerons les discours et représentations misandres dans les romans d’autrices de la Belle Époque, nous concentrant sur des autrices que les études littéraires s’attachent à relire depuis plusieurs années, à savoir Renée Vivien, Colette, Rachilde et Lucie Delarue-Mardrus, mais aussi sur des « minores » telles que Jane de la Vaudère, Georges de Peyrebrune, Daniel Lesueur ou Rose Romain. Il s’agit plus particulièrement, depuis ce contexte resserré, de donner un cadre conceptuel et une proposition de définition littéraire à la notion de misandrie, décloisonnant les mouvements esthétiques pour réfléchir à une catégorie analytique transversale.
Nous mènerons une enquête sémantique et contextuelle dans le but d’appréhender l’importance du paradigme de la misandrie lors de ce qui a rétrospectivement été appelé la « Belle Époque » ; il importe d’examiner le mot misandrie en diachronie et la chose qu’il désigne dans une situation donnée, l’idée d’une haine proprement « féminine » envers les hommes ayant émergé dans les sphères sociales et médicales, sur fond d’apogée de « crise » de la masculinité – ou plutôt, comme le souligne Francis Dupuis-Déri, de « discours de crise ».
Le glissement du paradigme de misandrie, des représentations sociales et médicales aux représentations littéraires, se manifeste ensuite dans la critique littéraire, qui fait de la misandrie un critère d’évaluation des œuvres, en informant la réception. Le terme correspond alors à la fois à un épouvantail critique, c’est-à-dire à une accusation polémique lancée dans une perspective de décrédibilisation d’une œuvre et de son auteur/autrice, et à un type de discours construisant un ensemble de représentations romanesques, dont la portée politique est variable selon les œuvres et les autrices qui les produisent et qui prend forme à un moment où se joue une évolution littéraire très sensible.
La période de la fin-de-siècle a en effet vu se développer de multiples écarts avec les normes esthétiques et sociales, notamment dans le creuset de la décadence, qui semblent avoir favorisé l’émergence d’une misandrie littéraire comme réponse à la misogynie littéraire. Mais dépassant peut-être la stricte condition de réaction, la misandrie littéraire peut aussi être envisagée sous l’angle du jeu, l’esthétique fin-de-siècle, dans son goût pour la comédie des sexes, permettant aussi une critique des normes masculines. Sur le plan de la poétique romanesque, les discours misandres ont ainsi pu jouer, durant cette première crise du roman, un rôle de déstabilisation du personnel romanesque masculin et des arcs narratifs, allant, selon les autrices, d’une reconfiguration de la narration à la quasi-disparition du personnage masculin.