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Mathilde Bertrand

Maître de conférences

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La thèse que j’ai soutenue en 2008, sous la direction de Philippe Berthier, porte sur les rapports entre prose et poésie dans l’œuvre de Jules Barbey d’Aurevilly, un sujet qui peut sembler paradoxal tant la poésie de Barbey est méconnue, sinon méprisée par la quasi-totalité de la critique. A l’exception de quelques vers, réunis sous le titre funèbre de Poussières, la plus grande partie de l’œuvre aurevillienne est en prose, en effet (prose des romans, de la critique, de la correspondance et des journaux intimes, poèmes en prose enfin).
Cette œuvre en prose, j’ai choisi de la lire comme un Tombeau du poète et de la poésie. L’œuvre de Barbey d’Aurevilly porte le deuil de la poésie impossible. Impossible pour le prosateur impénitent qu’il est, mais plus généralement aussi, à l’en croire, pour tout son siècle prosaïque et désenchanté. Cependant, le chant funèbre qu’il entonne à la mémoire de la poésie donne lui-même naissance à une prose qu’on peut qualifier de poétique, parce que le déploiement de l’image et son pouvoir de suggestion y pallient la perte du rythme et de la rime. L’avis de décès de la poésie du passé est aussi, sous la plume de Barbey, l’acte de naissance d’une poésie moderne, en prose, douloureuse et désenchantée, aussi bien qu’ironique et critique. Tout antimoderne qu’il est, Barbey d’Aurevilly participe comme malgré lui de la création de cette poésie nouvelle qui naît sur les poussières de l’ancienne, et qui se déploie jusque dans la prose romanesque. Dans le sillage de Balzac, qu’il considère comme un « Dante romanesque et moderne », et à qui il voue comme tel une admiration sans borne, Barbey définit le roman comme « l’épopée des civilisations qui croulent de vieillesse, le dernier poème qui soit possible aux peuples exténués de poésie ». Ses propres romans se présentent comme des avatars dégradés du grand rêve d’épopée métaphysique caressé par ses contemporains de la première génération romantique. Comme le poème en prose selon Marc Fumaroli, ils « se donn[ent] pour le reflet imparfait, allusif, d’une œuvre idéale absente ».
Sans qu’on puisse jamais arrêter le lieu d’où il parle, Barbey d’Aurevilly oscille ainsi sans cesse entre la foi messianique des « mages » du premier romantisme, le « désenchantement » du second (pour reprendre les termes de Paul Bénichou), et l’ironie toute moderne de la fin de siècle. Prise entre le déclin de la grande épopée et la naissance du petit poème en prose, l’œuvre romanesque de Barbey d’Aurevilly m’est apparue, au même titre que son œuvre critique, comme une fenêtre ouverte sur son temps, un miroir où se réfléchissent les grandes mutations esthétiques et métaphysiques qui ont marqué la littérature du XIXe siècle.

Domaines de recherche : Jules Barbey d'Aurevilly, Jules et Edmond de Goncourt, roman et poésie au XIXe siècle, poème en prose et prose poétique, écriture intime et écriture critique, littérature et journalisme.


Publications

Ouvrages

- Pour un tombeau du poète. Prose et poésie dans l’œuvre de Jules Barbey d’Aurevilly, à paraître aux éditions Classiques Garnier, collection « Etudes romantiques et dix- neuvièmistes ».
- Le Traité de la princesse ou la princesse maltraitée, Jules Barbey d’Aurevilly, à paraître aux éditions du Sandre.

Articles parus

- « Joséphin Péladan et l’hermaphrodisme aurevillien », Barbey d’Aurevilly et l’esthétique, sous la direction de Pascale Auraix-Jonchière et France Marchal-Ninosque, Presses universitaires de Franche-Comté, mars 2011, pp. 159-174.
- « ‘Satan... pour rire’, Les Diaboliques au miroir de Baudelaire », Barbey d’Aurevilly et la modernité, sous la direction de Philippe Berthier, Honoré Champion, septembre 2010, pp. 175-189.
- « Juge et partie, Barbey d’Aurevilly lecteur de Stendhal », Barbey d’Aurevilly romancier et critique de romanciers, sous la direction de Marie-Françoise Melmoux-Montaubin, Encrage, Romanesques, Hors-Série, 2009, pp. 283-301.
- « Barbey d’Aurevilly et Mallarmé : des mystères dans les lettres », Prose et poésie, Revue des Lettres Modernes, sous la direction de Pascale Auraix-Jonchière, série « Barbey d’Aurevilly », n°19, Minard, mars 2009, pp.47-62.
- « Jules et George : les dessous d’une animosité », Barbey d’Aurevilly polémiste, sous la direction de Pierre Glaudes et Marie-Catherine Huet-Brichard, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, Littératures, 58-59, novembre 2008, pp. 37-51.
- « Le ‘roman catholique’ ou l’échec de l’épopée romantique dans l’œuvre de Jules Barbey d’Aurevilly », Déclin et confins de l’épopée : sur le vieillir d’une forme poétique, sous la direction de Saulo Neiva, Gunter Narr Verlag, Tübingen, septembre 2008, pp. 175-187.
- « Du ‘barbare à sensations’ au ‘dilettante d’architecture’, prose et poésie dans l’œuvre de Jules Barbey d’Aurevilly et de Marcel Proust », Revue d’Histoire littéraire de la France, sous la direction de Pierre-Louis Rey, PUF, avril-juin 2005, pp. 395-421.

Articles à paraître

- « ‘Spirituel histrion’ : Barbey d’Aurevilly, journaliste au temps des cabotins », à paraître dans les actes du colloque Presse et scène au XIXème siècle (1791-1914), sous la direction de Marie-Eve Thérenty et Olivier Bara.
- « Barbey d’Aurevilly et la traduction », à paraître dans Intertextualités. Revue des Lettres modernes, série « Barbey d’Aurevilly », n°20, Minard.
- « Médée dissimulée et exténuée dans l’œuvre de Jules Barbey d’Aurevilly », à paraître dans Médée, versions et interprétations d’un mythe, Cahiers du GITA, Presses Universitaires de Montpellier.

Compte-rendu et notice

- « Barbey d’Aurevilly contre son temps », compte-rendu de l’exposition organisée par Mélanie Leroy-Terquem au Musée Barbey d’Aurevilly à Saint-Sauveur-le-Vicomte, Dix- neuvième siècle, n°49, mars 2009.
- « Barbey d’Aurevilly », à paraître dans le Dictionnaire George Sand, sous la direction de Simone Bernard-Griffiths, Pascale Auraix-Jonchière et Simone Vierne, Honoré Champion.